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LES KABYLES DANS LE LEADERSHIP NATIONAL ALGERIEN
sghur imerraden
La nature exceptionnelle du cas kabyle devrait probablement être très largement reconnue. La contribution pleine de signification des kabyles à la révolution nationale devrait aussi être généralement reconnue. Mais ça n’a pas tété généralement reconnu. Les kabyles étaient défaits dans la lutte pour le pouvoir FLN pendant la guerre et leur rôle de commandement dans les quatre premières années de la révolution a été systématiquement perdu, hors de vue, rétrospectivement44. En conséquence, l’implication pleine fut leur participation totalement subalterne dans l’élite politique depuis l’indépendance – cela a aussi échappé à l’attention de la majorité des observateurs.
Des « 9 chefs historiques » conventionnellement crédités de la création du FLN, deux étaient kabyles, Hocine ait Ahmed, qui formait avec Ben Bella et Med Khider la délégation extérieure du FLN basée au Caire, et Belkacem KRIM, le 1er commandant de la wilaya 3 (Kabylie), puis ministre des forces armées dans le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) de 1958 à 1960 et le seul signataire algérien des accords d’Evian en mars 1962.également important les kabyles fournirent le noyau et le cœur de l’organisation du FLN à Alger, y compris son chef ABANE Ramdane, largement reconnu comme le principal cerveau politique derrière toute la stratégie du FLN de début 1955 jusqu’à son éclipse (et par la suite son assassinat fin 1957). C’était ABANE qui organisa le célèbre premier congrès du FLN tenu dans la vallée de la Soummam au cœur de la Kabylie – Aout 1956 et c’était les perspectives ABANE-KRIM qui dominaient les délibérations du congrès. Le congrès approuva une plate forme politique détaillée, peaufinée au brouillon à l’instigation d’ABANE, par un autre kabyle, Amar Ouzeggane47, et décida d’adopter à travers le pays le système des unités militaires et des grades en usage dans la wilaya 3 de KRIM. Le congrès a aussi défini la structure de commandement nationale et politique du FLN et a élu deux de ses suprêmes instances, le Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA), neuf (9) de ses trente quatre (34) membres étaient kabyles (c’est deux fois et ½ la proportion de kabyles dans la population totale de musulman) et son exécutif le Comité de Coordination et d’Exécution (CCE), deux (2) de ses cinq (5) membres étaient kabyles (ABANE et KRIM). Le second CCE plus élargi que le CNRA a élu en Aout 1957 (en même temps) comptait lui aussi trois (3) kabyles sur neuf (9) membres (à savoir ABANE-KRIM et OUAMRANE).
En plus de la direction de leur propre Wilaya et jouant déjà un rôle disproportionné dans le leadership national, les Kabyles fournirent virtuellement toutes les premières troupes48 et pas moins de trois (3) sur huit (8) commandants successifs à la Wilaya 4 (Algérois), Amar OUAMRANE, Slimane DEHILES, Mohamed ZAMOUM, aussi bien que son chef politique ‘’Intelligence et communications’’ pour une bonne partie de la guerre, Omar OUSSEDIK, qui plus tard devint la tête politique de la zone autonome d’Alger (ZAA) en 1962. Cote à cote avec lui, son frère Boualem OUSSEDIK, tête de la ZAAs (service propagande et information). De plus, quand, au congrès de la Soummam, le CNRA a finalement désigné un commandant pour la région Sahara, la Wilaya 6, l’homme choisi fut Ali MELLAH, officiellement chef de secteur de Tigzirt en Wilaya 349. Par ailleurs, le fondateur et premier secrétaire général de l’Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA) en 1956 était aussi Kabyle, AISSAT Idir.50
Enfin le nombre disproportionné de Kabyles parmi les travailleurs émigrés Algériens en France avait été longtemps reflété par les positions frontales occupées par les Kabyles dans le Mouvement Nationaliste en Métropole avant 1954. Avec le début de la révolution, la priorité du FLN fraichement formé fut d’arracher violement le contrôle de la population émigrée à ses prédécesseurs politiques et rivaux (MNA)51 ce qui mena à la création de la fédération de France du FLN (FFFLN), dont le 1er leader fut Mourad TERBOUCHE52 un Kabyle de Ouadhias. D’autres Kabyles à tenir de hautes positions dans FFFLN furent Salah LOUANCHI de Tizi-Ouzou, Ahmed BOUMENDJEL de Michelet54 et Bachir BOUMAZA de Takittount en Petite Kabylie55 et son chef de 1957 à 1962 Omar BOUDAOUD, de Baghlia en Grande Kabylie56. Par ailleurs, le 1er leader de l’organisation du FLN en Allemagne de l’Ouest fut Ameziane AIT AHCENE57 et, quand : l’Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens (UGEMA), fut fondée à Paris en 1955, deux (2) des ses quatre premiers principaux leaders furent Kabyles : Belaid ABDESLAM et Messaoud AIT CHAALAL.58
Ainsi, dés fin 1956, deux ans après le déclenchement de la révolution, les kabyles avaient déjà assis une extraordinaire position de commandement dans le leadership du FLN, disproportionnellement représentée dans le ‘’CNRA’’, prépondérante dans le ‘’CEE’’59, dirigeant trois des six Wilayates, la FFFLN’’, ‘’l’UGEMA’’ et ‘’l’UGTA’’. La principale base de leur hégémonie était la contribution matérielle Kabyle à l’effort de guerre dans la première phase de la révolution, qui va de novembre 1954 à la fin de la Bataille d’Alger à l’automne 1957. L’échelle de cette contribution peut être mesurée dans le tableau I.
Plus que tout autre événement, la catastrophe de la Bataille d’Alger mit fin à l’hégémonie Kabyle au sein du FLN.
La destruction de l’organisation du FLN à Alger priva ABANE de sa base politique et la fuite du CEE d’Alger à Tunis signifia que les Wilayates contrôlent les frontières (I- II et V), Aurès, Nord Constantinois, Oranie commencèrent à exercer plus d’influence sur la totalité du leadership que ceux des Wilayates (III et IV), Kabylie et Algérois, toutes deux sous contrôle Kabyle et tenant la capitale. L’axe ABANE – KRIM ne survécut pas à cette crise dans rapport de forces au sein du FLN, KRIM lâchant ABANE au prix d’une nouvelle alliance avec les leaders des Wilayates II et V, Lakhdar BEN TOBBAL et Abdelhafidh BOUSSOUF. La wilaya III continua, sous le légendaire Colonel AMIROUCHE à jouir du statut de ‘’Primus inter pares’’ (de premières parmi toutes) au sein des forces de l’intérieur, mais le centre de gravité du FLN s’était déplacé vers l’extérieur, c'est-à-dire du militaire aux coulisses diplomatiques et même si KRIM conservait encore une influence considérable dans la politique du GPRA, ceci reflétait seulement son charisme personnel qu’une signification stratégique quelconque de la Kabylie, maintenant sévèrement réduite. Comme Ministre des Forces Armées dans le 1er GPRA, KRIM put assurer la nomination de son protégé, MOHAMMEDI Said61 aux commandes de ‘’l’Armée des Frontieres’’62 basée en Tunisie. Commandement est basé à Ghardimaou, mais échoua dans sa tentative de placer Slimane DEHILES aux commandes du commandement Ouest à Oujda63 au Maroc.
TABLEAU I
Participation Kabyle dans le FLN de l’intérieur en Août 195660
|
|
Total FLN - Wilayates (II, III, IV, V, VI |
FLN Kabylie (Wilaya III) |
% |
|
Troupes combattantes (Djounouds) Forces de soutien (Moussebilines) Armes (tous genres) Ressources financières |
7.469 15.570 13.885 893 000 000 AF |
3.100 7.470 4.951 445 000 000 |
41,5% 48% 35,65% 49,8% |
En plus d’ABANE Ramdane, d’autres dirigeants Kabyles qui rencontrèrent des morts violentes, comme Ali MELLAH, Ameziane AIT AHCENE et AISSAT Idir, étaient principalement remplacés par des hommes d’autres régions d’Algérie. KRIM acceptant le portefeuille du Ministère des Affaires Etrangères dans le second GPRA formé en janvier 1960 et le départ simultané de MOHAMMEDI Said du commandement de Ghardimaou64, signala la fin de l’influence Kabyle sur les forces armées de la révolution, dorénavant dominées par des hommes du constantinois de l’Est d’Algérie.65
Comment les kabyles se sont ils débrouillés dans le leadership de l’Algérie indépendante ? Ils ont certainement dépassé de loin les autres populations berbères, les Chaouias et les Mozabites66, dans leur participation au gouvernement depuis 1962 comme les tableaux suivants le montrent :
TABLEAU II
Participation berbère dans le Conseil des Ministres et
le Bureau Politique du FLN sous Ben Bella
|
Conseil des ministres |
Nb de postes |
K |
Ch |
M |
Bureau P FLN |
Nb de postes |
K |
Ch |
M |
|
9/62 – 9/63 9/63 – 12/64 12/64 – 6/65 |
19 16 19 |
4 (21%) 4 (25%) 3 (16%) |
0 0 0 |
1 (5%) |
9/62 – 4/64 4/64 – 6/65 |
5 17 |
1 (20%) 5 (29%) |
0 1(8%) |
0 0 |
On peut constater que leur participation au gouvernement et au parti sous Ben Bella reste visiblement disproportionnée par rapport a leur nombre (10% de la population totale), alors que celle des Chaouias et des Mozabites est négligeable, quoique les Chaouias aient investi l’armée (ANP) durant cette période. Même chose sous Boumedienne comme c’est communiqué par le tableau III, on peut aussi constater que la participation Kabyle dans le gouvernement de Boumedienne est grosso-modo proportionnelle à leur taux de population jusqu’en 1970 et substantiellement augmentée par la suite bien que leur participation au Conseil de la Révolution soit très marginale et à la fin quasiment inexistante.
La participation Chaouia par rapport à leur taux de population (moins de 4%) est marginale dans le gouvernement mais initialement très importante dans le Conseil de la Révolution avant le coup d’Etat de Tahar ZBIRI de décembre 196769, devenue quasiment nulle depuis. Les Mozabites sont totalement absents dans les 2 corps durant toutes ces périodes.
(à suivre dans qlqs jours)
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